Les préférences musicales.
Un sujet, comme les goûts et les couleurs, qui ne se discute pas. En ce qui me concerne, si je devais établir une liste des mes genres musicaux préférés, la musique irlandaise obtiendrait sans nul doute la première place. De par mes racines, on peut également dire qu’elle est inscrite dans mes gènes... Mon père, musicien de profession et excellent guitariste folk (les autres styles de jeu ne lui faisant pas défaut...), a passé deux années en Irlande, de 1977 à 1979. Encore jeune musicien, il eut la chance de jouer avec ceux que l’on range encore aujourd’hui comme les plus grands, notamment avec les membres du Bothy Band (un lien plus étroit se noua avec un de leurs membres, Paddy Keanan, avec qui il joua de nombreuses fois en duo), ainsi qu’avec les Planxty, dont la réputation n’est plus à faire parmi les initiés. Un voyage d’une incroyable richesse, qui apporta à son jeu de guitariste une réelle authenticité, cet esprit traditionnel que peu de gens savent reproduire s’ils n’y ont pas été plongés au plus profond. Aujourd’hui, il est membre fondateur d’un groupe de musique traditionnelle irlandaise appelé Foxy Devil, accompagné de Fabien Guiloineux, John Delorme, et François Bobet (actuellement en Irlande,mais bientôt remplacé par un nouvel accordéoniste).
Il m’initia à cette musique il y a quelques années. Ce fut une révélation. Une musique profondément entraînante, mélodieuse, mais parfois aussi des plus mélancoliques, chantant l’amour, la danse, le bonheur, la tristesse, tout cela émergeant d’une communion exceptionnelle entre musiciens, si exceptionnelle qu’elle en devient palpable.
Après une période d’initiation que je qualifierais d’ « auditive », vint le tour de l’apprentissage « pratique ». La flûte étant très utilisée dans le répertoire traditionnel irlandais, il n’eut aucun mal à me faire découvrir des morceaux simples, pour flûte et guitare, qui me permirent de m’imprégner progressivement de la musique. De petits airs, ornementés comme le veut le genre, qui me procurèrent même à ce stade un plaisir intense de jouer, rien que par leur sonorité. Par la suite, Sonia Fumoux, jeune et talentueuse violoniste, vint compléter cette « mini formation », mêlant ses cordes à nos mélodies. Quelques temps plus tard, je jouai quelques airs avec mon père et ses amis musiciens, rassemblant cette fois ci plusieurs guitares, un flûtiste professionnel, un banjoïste de renom (Jean-Marie REDON, lauréat d’un Emy Award ), Sonia et son violon, mon père jouant tour à tour de la guitare, de l’accordéon, en passant par le violon, le tin wisthle, ou le banjo. Un grand moment de partage, un soir de nouvel an dans une ferme du Périgord, à Sarlat. C’était en 2001. Mon père étant loin, j’eu peu l’occasion de jouer encore après cette date, mais mon cœur était définitivement tourné vers cette musique.
Ce dossier, rédigé dans le cadre de la classe de culture musicale 1er cycle du C.N.R de Cergy-Pontoise, présente un double intérêt. Tout d’abord, il m’a donné l’opportunité d’étudier en réelle profondeur ce pour quoi je n’avais que de vagues notions d’amateur. Je ne peux affirmer que, de moi-même, j’aurais pris le temps d’effectuer ces recherches mais, au fur et à mesure de son élaboration, ce dossier m’a littéralement passionnée, et m’a donné l’envie d’aller beaucoup plus loin. Dans un second temps, il me permet de faire ce dont j’étais incapable il y a encore quelques mois : transmettre à mes lecteurs tout ce que cette musique, de plus en plus écoutée mais si peu connue et étudiée, renferme au plus profond d’elle-même. Son essence, ses racines, ce long parcours à travers les âges, jalonné de magie, de légendes et de conflits, cette musique qui se veut le reflet d’un pays longtemps et durement torturé, si rythmée, mais quelques fois si douce et triste. Vous verrez ainsi, au cours des différents thèmes qui seront abordés au cours l’étude, que la musique traditionnelle irlandaise, même si elle reste une musique populaire trop souvent qualifiée d’ennuyeuse ou de criarde, renferme nombre de subtilités.