Samedi 13 janvier 2007
    Au XVIIIe, apparaît pour la première fois en Irlande un chant que l’on peut qualifier de patriotique, l’ aisling . Ce genre connut une grande popularité au XVIIIe - en particulier dans le sud ouest du pays - car les paroles étaient toujours composées sur des airs connus de tous.

    Malheureusement, le XVIIIe siècle vit aussi la fin de l’Ordre Bardique, qui disparût définitivement à la toute fin du siècle en même temps que Denis Hempson et Arthur O’Neill, qui moururent respectivement en 1807 et 1818, à l’âge de 112 et 85 ans.

    Toutefois, la musique suscita très vite un formidable regain d’intérêt, Il y eut, tout d’abord, les rassemblements de Granard (concours, bals, festivals), organisés sur le modèle des concours écossais, grâce au mécénat d’un homme d’affaires irlandais de Copenhague, James Dungan. Trois concours furent organisés à Granard, sa ville natale, en 1784, 1785, 1786, et l’expérience fut reconduite à Belfast en 1792, lors d’un rassemblement qui constitue encore aujourd’hui l’événement ayant remis la harpe à l’honneur. Lors de ce festival sans précédent, le jeune Edward Bunting, alors âgé de 19 ans, se vit confier la tâche suprême - sinon ardue- de noter tous les airs joués ce jour par les harpeurs présents pour l’occasion, afin que demeure une trace de l’héritage bardique, dans l’hypothèse d’une nouvelle période d’extinction musicale. L’ère du collectage, quoique déjà ouverte depuis 1760, commence alors véritablement. On trouve ainsi trois œuvres de Bunting rassemblant les pièces traditionnelles de l’époque: General Collection of Ancient Irish Music, (1760), suivi de A General Collection of Ancient Music in Ireland, (1809), et de Ancient Music of Ireland (1840).

    En Irlande, la musique implique nécessairement la danse, ou plutôt les danses, que nous définirons avec plus de précisions dans la 2ème partie de notre étude. Le XIXe siècle se consacrera principalement à ce domaine, sans présenter d’innovations musicales majeures. On voit seulement apparaître, aux alentours de 1800, la fonction de dancing master (ou maître de danse), qui perdura jusqu’au XXe siècle, s’éteignant pourtant de plus en plus rapidement de nos jours. On ne trouvera maintenant plus à cette place que des hommes (le métier était déjà exclusivement masculin) d’un âge déjà très avancé (personne n’étant là pour reprendre le flambeau), et que l’on peut compter sur les doigts d’une main à travers toute l’île. Longtemps, le maître de danse fut l’un de ces musiciens itinérants, combinant dans certains cas son art à la fonction d’instituteur.

    Ainsi, la musique, et par là même la danse, entrèrent dans une nouvelle dimension avec le festival de Belfast, revendiquant une culture musicale propre à l’Irlande,  reconnaissant ses musiciens, et avec elle s’assurèrent une entrée triomphale dans le XXe siècle. Celui-ci vit la tradition irlandaise s’affirmer de par le monde, notamment grâce au développement sans cesse croissant des médias et techniques de communication.

publié dans : Erinn, ma belle Erinn
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