Vendredi 9 mai 2008
Si l'on veut résumer l'objectif de la réforme de l'école primaire actuellement en cours, la solution tient en trois mots: "revenir aux fondamentaux".

Par fondamentaux, le ministère entend savoir lire, écrire, et compter. C'est d'ailleurs grâce à ces trois jolis mots que Xavier Darcos a pu obtenir le soutien des parents: "Madame, Monsieur, je vous propose aujourd'hui de parvenir à ce que vos enfants sachent mieux lire, écrire et compter, cela vous pose-t-il un problème?". Soyons sérieux! Quel parent s'opposerait à ce type d'action?

Mais tout est dans l'art d'avoir justement su poser la question. A la question "voudriez vous que vos enfants sachent mieux lire, écrire, et compter, mais au détriment de leur construction personnelle, du développement de leur esprit critique, du plaisir d'apprendre, et en ne se concentrant que sur les principes du bachotage tels que l'apprentissage par coeur et la récitation, sans que jamais vos enfants ne puissent entrevoir l'importance de ces apprentisages dans leur vie quotidienne?", la fin de l'histoire aurait été certainement moins glorieuse et la réforme ainsi enterrée aussi rapidement qu'elle n'était née. Démagogie quand tu nous tient, le ministère évite la débâcle en jouant la carte du sondage, ommettant de préciser que les dés étaient pipés dès le départ.

Mais c'est quoi, finalement, les fondamentaux? Jetons un oeil au dictionnaire: "ce qui est essentiel, déterminant". Nous sommes tous d'accord, lire est fondamental, tout comme écrire et compter. Mais ça ne fait pas tout, malheureusement. Ces trois compétences ne prennent sens que dès lors qu'elles sont inscrites dans une dynamique du quotidien, unies par des liens, se faisant écho l'une à l'autre. C'est ce que les anciens programmes scolaires appelaient "la transversalité des matières". L'étude du français ne se limitait alors pas qu'à l'apprentissage par coeur et à la récitation bête des règles de grammaire, mots de vocabulaire et autres conjugaisons. On faisait du français à travers toutes les matières, de la rédaction d'une légende pour une carte d'histoire-géographie à l'apprentissage du vocabulaire spécifique aux sciences en passant par l'analyse et la compréhension des énoncés des problèmes mathématiques. L'enfant apprenait ainsi à formuler ses phrases en fonction du contexte, et à utiliser un vocabulaire adapté à son activité. Apprendre en faisant, comprendre en appliquant, l'équation était simple.

Avec ces nouveaux programmes, exit la transversalité, bonjour le bachotage. "Apprend, récite, tu comprendras plus tard", tel pourrait être le leit-motiv des enseignants dans les années à venir. On ne s'interesse plus au besoin, justement fondamental, d'inscrire les aprentissages d'un enfant dans sa vie quotidienne, on lui demande de devenir une base de données. A lui de se débrouiller ensuite pour savoir comment et quand s'en servir, ce qui inquiète Catherine Dolto-Tolitch dans une interview pour Libération: "L'enfant saura lire, explique-t-elle, mais pas diriger sa vie".  

Savoir diriger sa vie. Un fondamental incontestable dans la société actuelle rongée par le chômage et les crises sociales, dans laquelle il faut trouver sa place, mais qui semble pourtant échapper à la bonne volonté apparente de monsieur Darcos. Développer son esprit critique et ses capacités d'analyse? Encore un autre fondamental passant à la trappe avec ces nouveaux programmes. Des têtes bien faites prônées par le mouvement humaniste, on passe aux têtes bien pleines qui risqueront de n'être tout juste bonnes qu'à recracher règles et principes dénués de pensée et de réflexion. 

Cette notion de "retour aux fondamentaux" me semble donc plus que relative, pour autant que l'on s'interroge un peu sur le rôle réel et profond de l'école. Le ministère met aujourd'hui définitivement fin aux ambitions passées et officialise le drame que beaucoup avaient déjà annoncé: "école" ne rime plus qu'avec "performance" et "résultats", à mille lieux des principes de l' école républicaine prônant liberté, égalité et fraternité.


Prochain article: [Dossier Education] L'école de la performance: la course aux résultats. 
publié dans : [Dossier Education] Les programmes Scolaires 2008 communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (7)    ajouter un commentaire

Commentaires

Dans ce cas la ça ne sert a rien d'ingurditer des leçons de grammaire par coeur ! Aucun intérêt !
C'est sur on est trés loin de "liberté, égalité, fraternité" !!
ça devient n'importe quoi...

bissx
commentaire n° : 1 posté par : ptitepianiste le: 09/05/2008 19:06:02
En même temps, un gouvernement de droite n'a pas tout à fait intérêt à développer l'esprit critique des gens, parce que sinon ceux-ci se mettraient à voter ailleurs.
commentaire n° : 2 posté par : Sébi (site web) le: 11/05/2008 09:28:43
tout a fait ! le moins de chose qu'on apprend au peuple est mieux pour le gouvernement  , on peu leurs dire ce qu'on veut !
commentaire n° : 3 posté par : ptitepianiste le: 11/05/2008 11:55:39
Je pense qu'il ne faut pas se tromper sur les objectifs de l'école. L'école sert avant tout à lire, écrire et compter. C'est une gigantesque blague d'être persuadée que l'école est une institution qui permet l'égalité des chances entre tous les élèves (au risque de laissé penser que je sois pessimiste).
Dans les Héritiers, les sociologues Bourdieu et Passeron montrent comment l'école, à tous les niveaux primaires, secondaires et universitaires, est loin d'être un instrument neutre d'éducation au service de la culture, c'est un puissant mécanisme de reproduction sociale qui confirme et renforce les inégalités. Les valeurs du système d'éducation sont celles des classes dominantes dont les membres sont les héritiers privilégiés.
L'école ne réduit pas les inégalités sociales mais au contraire les agrandit.
Il me semble donc necessaire que tous les enfants aient les fondamentaux (lecture, écriture et calcul). Outils qui leurs serviront plus tard à construire leurs vie. On ne naît pas tous avec les mêmes chances dans la vie si l'on se base sur la théorie de Bourdieu sur l'habitus. L'enfant qui bénéficie d'un cadre familial qui lui permettra de découvrir de nouvelles activités (art, musique, etc...) pourra développer d'autres capacités comme tu le soulignes dans ton article. Mais ce n'est pas le rôle premier de l'école à mon sens. Il vaut mieux donner à ses enfants les moyens d'écrire sans faire de fautes d'orthographes. Ce qui leur sera bien plus utile pour rédiger une lettre de motivation sans fautes pour trouver un emploi. Plutôt que de savoir que Guernica est une oeuvre de Pablo Picasso. Etant issue d'une famille d'artistes, j'ai acquis ce savoir par mes parents. J'ai eus de la chance. Cependant, si l'on veut donner le plus e chances à chacun, ce n'est pas dans les matières artistiques ou musicales qu'il faut orienter les programmes. Au 21ème siècle, les arts et la musique restent un domaine élitiste qu'on ne pourra pas vulgariser d'un coup de baguette magique. Avor des objectifs et des rêves sont une bonne chose. Cependant, il faut replacer les choses dans une réalité. N'ayant pas voté à droite aux présidentielles, je trouve que cette réforme est une bonne chose pour les enfants. Etant une jeune maman, je souhaite que l'école apporte à mon fils ces fondamentaux. Et dans l'éducation que son père et moi-même allons lui donner, je pense qu'il est de notre devoir de l'ouvrir au monde. Ce n'est pas forcément le rôle de l'école. 

commentaire n° : 4 posté par : nina le: 12/05/2008 17:13:12
Apres relecture de l'article, j'ai l'impression que tu redonnes les arguments de l'école Freinet. Et c'est vrai que c'est loin de la pédagogie de l'éducation nationale.
commentaire n° : 5 posté par : nina le: 12/05/2008 17:19:41
En tant qu'enseignante, j'ai lu ton texte avec intérêt et je le trouve bien argumenté. Dans les anciens programmes, grammaire, conjugaison et orthographe s'intitulaient "observation réfléchie de la langue". Je trouvais ça plus intelligent, et franchement, je ne crois pas que ce soit une expression difficile à comprendre... Il est important de permettre à l'élève de prendre conscience de ses propres processus d'apprentissage, pour moi, s'il y a bien une chose à laquelle doit servir l'école, c'est ça...
commentaire n° : 6 posté par : morgane (site web) le: 31/05/2008 22:52:21
Bonjour,

Combien votre texte est juste et bien tourné. Ce ministre profite de la conjucture actuelle, comment il est capable de surfer sur le malheur des Français ?. Dans peu de temps il n'y aura plus d'éducation Nationale, nous nous dirigeons tout droit vers une privatisation du secteur éducatif. Un sabotage annoncé, l'éducation est la base d'une nation, d'une élite.

Martial
commentaire n° : 7 posté par : Martial (site web) le: 20/06/2008 22:30:06
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