Aujourd'hui, pour n'importe quel cerveau normal, une forêt est mille fois moins attrayante qu'Eurodisney ou que nimporte quel centre de loisirs avec ses problèmes de stationnement. Pour un cerveau
dit
normal, les chaises, aujourd'hui, sont plus alléchantes que les troncs d'arbres couchés. Et les gobelets en plastique attirent et séduisent plus que la rivière.
Et les lampes qui changent de couleur, pour créer des ambiances agréables, sont extraordinairement plus désirables qu'une étoile. Et les couleurs et les textures des carrelages dernier cri nous
ennivrent comme jamais ne pourront y arriver la neige ou le sable du désert.
Et les panneaux lumineux nous conduisent la où nous voulons; bref, ils déterrent de nos coeurs l'idée d'être égarés. Et nous sommes émus face aux acteurs qui représentent des fictions, pour ne pas
pénétrer nous-même dans des mondes inexplorés. Voilà pourquoi l'éclairage est soigné, pensé pour ne pas souligner les ombres dans les lieux publics.
J'ai claqué des doigts et personne ne s'est retourné. Alors je me suis dit que les oreilles ne pouvaient plus entendre ce genre de bruits: des claquements de doigts et de langue, des soupirs
profonds, quelqu'un qui se gratte la tête et les mots
ça suffit murmurés.
Rodrigo GARCIA
Et jetez mes cendres sur Mickey (éd. Les Solitaires Intempestifs, juin 2007)