Samedi 8 décembre 2007
J'en ai déjà parlé plusieurs fois au cours de différents articles traitant de mon métier de musicienne intervenante: les enfants, même lorsqu'ils n'ont jamais appris la musique, peuvent en jouer  vraiment, et avec des instruments soit disant inaccessibles sans connaissances préalables.  Mais je me rends bien compte que c'est un concept difficile à établir  pour ceux qui ne peuvent qu'imaginer ce qu'est mon travail et qui m'entendent parler de "jeu instrumental" à l'école.

Dans l'article précédent, j'expliquais comment le commentaire d'écoute venait nourrir cette activité de jeu instrumental et quel étaient les liens entre eux.  Afin  que ces explications soient plus claires, voici un exemple concret,  réalisé hier avec une classe de CE1/CE2 de l'école où j'interviens.

Le commentaire d'écoute de la séance portait sur ce morceau traditionnel  du pays Nivernais (Centre-France):


Les enfants l'ont beaucoup aimé, pour les raisons suivantes:

- La couleur triste des sons graves
- Le bourdon de la 3ème clarinette qui revient parfois et des sons identiques qui reviennent souvent.
- Le souffle que l'on entend dans le son de la clarinette, qui donne l'impression d'une résonnance
- Les petits sons aigüs qui, je cite "font aller l'oreille vers le haut"
- Le tempo lent qui ressemble à une berceuse.
- L'évolution des nuances (doux, un peu plus fort...)

NB: "Bourdon" est un terme technique, correspondant à la tenue de sons pour soutenir une mélodie. La cornemuse par exemple utilise ce principe: un tuyau émet un son (ou une suite de sons) long et continu , tandis que les autres émettent la mélodie. Ce terme a été vu lors de précédentes écoutes, et les enfants le réutilisent  donc quand ils l'entendent.

Suite à ce commentaire, nous avons décidé de retenir ces éléments marquants et de les réinvestir en jeu instrumental avec un violon, un violoncelle, et deux accordéons (j'accompagne le jeu instrumental sur l'un des accordéons). Le violoncelle joue, en pizzicato (avec les doigts) et dans le grave, les sons "résonnants". Le violon, en pizz  également, évolue par aller retour entre l'aïgu et le grave. Quand aux accordéons, ils jouent le bourdon sur différentes notes, à dominante grave. Le tout dans un tempo lent, en faisant évoluer les nuances.

Et ça donne ça:


On notera la qualité d'écoute des enfants qui ne jouent pas. Il n'y a pas un bruit, pas un murmure. Les musiciens sont placés en situation de réprésentation, assis sur des chaises installées sur un carré de moquette bleue délimitant l"espace scénique". Les auditeurs sont assis devant.

Ces enfants ont 8 ans. Aucun d'entre eux ne jouent d'un instrument en dehors de l'école, et il n'ont jamais appris la musique...mais ils en jouent quand même...CQFD!
publié dans : Ecole, éducation, pédagogie communauté : L'Avis des Eclectiques
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