Cet article comme un écho à
un de ses vieux prédécesseurs...
Dans le cadre de mes séances d'interventions musicales à l'école, je pratique avec les enfants une activité communément appelée le "commentaire d'écoute". Le concept est assez simple, en théorie
du moins. Je choisis une oeuvre, vocale et/ou instrumentale, que l'on écoute ensemble, puis j'amène les enfants à en parler. Qu'ont-ils entendu? Ce travail sert plusieurs objectifs: permettre aux
enfants d'affiner leur écoute, de prendre conscience du lien établi entre musique et émotion, leur apprendre à préciser leur vocabulaire émotionnel et musical, développer leurs capacités
d'analyse.
Au préalable, je me pose moi même ces questions lors de mes préparations. Ces écoutes s'inscrivent dans le cadre de mon projet d'intervention sur l'année, et je ne les sélectionne pas au
hasard. Même si elles ne peuvent être qu'un outil au service d'une réalisation, elles sont là pour mettre en valeur ou favoriser une démarche de création musicale de la part des enfants. Je
dois donc pouvoir en faire ressortir des éléments spécifiques afin de les réinvestir avec les enfants lors des activités de création et de jeu instrumental. Ces éléments relèvent du domaine
"technique" mais surtout du "sensible". Je me fiche bien, finalement, de savoir si il y a un ou deux violons, douze trompettes ou un clavier et demi. Par contre, telle musique m'a procuré tel
sentiment, telle sensation: je dois être en mesure d'identifier et de pointer, lors d'une nouvelle écoute, quels procédés musicaux sont à l'origine de ces impressions. Je dois ensuite réflechir à
une situation de jeu instrumental et/ou de création qui permettra de prolonger cette écoute, de créer un lien concret entre ce que font les enfants et ce qu'ils ont entendu.
Mais, me direz vous, ce que j'ai entendu, ce que j'ai identifié comme me procurant une émotion, n'engage que mes oreilles. En séance, j'aurai en face de moi 25 paires d'oreilles qui auront
entendu 25 versions différentes de la même pièce, et rien ne me dit que les enfants s'engageront sur le chemin d'analyse que je veux leur ouvrir. C'est là toute la difficulté de l'exercice, mais
aussi ce qui le rend tout à fait passionnant. Parce qu'il me place en situation d'attention permanente: je dois pouvoir rebondir à tout moment. Comme nous le disait ce matin Sylvie, notre
formatrice, les réponse des enfants ne doivent pas être accueillies comme de simples réponses, mais comme des éléments nouveaux, des pistes d'analyse à approfondir pour réinterroger l'oeuvre
entendue.
Michel, collègue de formation, nous citait ce matin comme exemple une oeuvre écoutée en classe l'année dernière. L'un des enfants, en début de commentaire, avait expliqué qu'il avait eu
l'impression de voir un château et quelque chose comme une histoire d'amour. On rentre dans ce cas, et il en est ainsi 99% du temps lors des commentaires d'écoute, dans le domaine de la métaphore
du son, et ainsi dans le rôle premier du commentaire d'écoute: demander à l'enfant pourquoi il a vu ce château. Autrement dit, quel propos musical lui a évoqué cette image? Nous, en tant
qu'adultes, avons parfois bien du mal à verbaliser ce genre d'impressions. Je vous laisse imaginer la difficulté de la démarche lorsqu'elle est mise en oeuvre par des enfants de 8 ans. C'est là
le rôle premier du commentaire d'écoute: leur permettre, par la réecoute, de prendre en compte les impressions de chacun, de rendre de plus en plus précises et claires les raisons de leurs
ressentis et de leurs émotions.
Toutes ces réponses qu'ils apportent sont notées, au tableau par exemple. Lorsque le commentaire est terminé, c'est à moi d'évaluer quels éléments sont réellement pertinents en matière de jeu
instrumental par exemple. Admettons que lors d'une écoute, les enfants aient fortement relevé un principe de résonnance sonore, il peut être intéressant d'isoler ce principe et de le faire
travailler avec les instruments. Par exemple, comment produire un son qui résonne sur un violon? Et qu'est ce que ça change au niveau du geste nécessaire à la production de ce son? Et comment
pourrait-on faire résonner un son sur un instrument qui, normalement, ne le permet pas? Autrement dit, peut on donner l'illusion de la résonnance, si oui de quelle manière? Là encore, quel type
de geste, quelle intention doit être placée dans la production de ce son, et comment ces données agissent-elles sur le son lui même, son évolution? Autant de question qui sont, par essence, des
propos profondemment musicaux. Parce que, je l'ai déjà dit et je le répète, avant d'être une mélodie, un rythme, une harmonie, une intensité, une hauteur et une durée, la musique est une
intention. Une conscience sensible du son et de son pouvoir.
Je vous laisse méditer là-dessus...quand à moi je vais préparer mon commentaire d'écoute pour mes séances de vendredi... ;)