Le TGV file vers La Rochelle. Il est 16h30 et tout mon petit compartiment somnole. Nous sommes peu nombreux, une place sur deux, chacun s'étale un peu.
La porte s'ouvre et une jeune femme, uniforme et casquette SNCF, nous tire de nos rêveries.
"Bonjour messieurs-dames, contrôle des billets s'il vous plaît."
Tout le monde s'affaire, qui dans son sac, qui dans ses poches. Mon voisin marmonne dans sa barbe quelque chose au sujet de sa carte de réduction, satané bout de carton qui n'est jamais là où on
l'a laissé!
Je remarque mon voisin d'en face, 6 billets dans les mains, essayant tant bien que mal de retrouver le bon. Madame SNCF le regarde, amusée.
"Dites donc, vous aimez le train vous..." dit-elle en souriant.
L'amoureux du rail lève la tête et se fige. Il la trouve belle, je le lis dans ses yeux. Ses joues se colorent, il la regarde toujours en bafouillant qu'il voyage beaucoup cette année pour les
vacances et qu'il est désolé de la faire attendre. Elle lui dit de prendre son temps, qu'elle s'occupe des autres voyageurs. Lui cherche toujours, les mains tremblantes et les joues rouges.
Il le trouve enfin, la demoiselle repasse, il lui tend son billet en ne la quittant pas des yeux. Comme si il voulait photographier des yeux le visage de cette femme de passage, pour ne jamais
l'oublier.
Elle le regarde à son tour, et lui rougit toujours tandis qu'un sourire béat lui mange le visage. Elle lui rend son sourire, et dans leurs yeux brille une étincelle.
"Merci messieurs-dames, bon voyage!"
La porte du compartiment se referme derrière elle. Dans la petite salle flotte un air de légèreté et mon voisin d'en face semble très ému...
Je lui adresse un sourire de connivence. L'espace d'un instant, elle et lui n'ont fait qu'un, et tout le monde l'a vu...