Aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche : je voyage en première classe. Oui Messieurs-Dames. Ce n’est pas que j’ai des goûts de luxe, mais mes réductions SNCF
(ah, c’est beau la jeunesse !) rendaient la première classe moins chère que la seconde. Mon portefeuille, déjà en pleine crise d’anorexie, se fit donc un bonheur de sauter sur l’occasion.
Je n’allais tout de même pas refuser à mon postérieur le confort des sièges en velours, ni à mes jambes le plaisir de l’espace. Parce qu’il faut bien le dire, la seconde, c’est
étroit…et mon grand corps en ressort souvent meurtri par tant de compression sur mes pauvres gambettes. Mais passons, là n’est pas la question.
Aujourd’hui donc, je voyage en première et le train file vers La Rochelle. Voiture 12, place 66, je me pose, m’installe, et savoure le confort. En face de moi, une femme et sa
fille, de mon âge à vue d’œil. A ma droite, une vieille dame au fort accent britannique.
Le nez dans la Psychanalyse des Contes de Fées (oui oui, je l’ai commencé !), je sursaute quand un gros sac de cuir noir vient s’abattre violemment sur la tablette, manquant
d’écraser la main de notre pauvre grand-mère British.
« Voiture 12, place 65 ! Vous êtes à ma place ! ».
Regard ahuri de notre anglaise, qui sort fébrilement son billet et explique à la propriétaire dudit sac noir qu’elle a une place assise « selon disponibilité » - et oui, à
l’instar d’Air France, la SNCF se met à faire du surbooking - et qu’elle ne s’était installée ici qu’en attendant de savoir si quelqu’un réclamerait la réservation. A cette instant, notre
voyageuse imbuvable pivote sur ses talons et crache à la figure de ma voisine d’en face :
« Vous, c’est pareil, vous êtes à la place de ma fille ! »
Voisine qui lui explique alors gentiment qu’elle avait échangé sa place n°34 avec la 64, pour être avec sa fille, mais que le jeune homme de la 64 avait du lui-même se
tromper de siège, mais que si… La pauvre n’eut même pas le temps de finir sa phrase.
« Vous vous démerdez comme vous voulez, mais ici ce sont mes places, je ne bougerai pas. »
Oooh, mais c’est qu’elle est délicieuse cette bonne femme ! Pour un peu je lui mettrais bien un coup de tête pour lui apprendre la politesse…Je repose calmement mon livre,
après avoir adressé un signe entendu à ma voisine encore estomaquée par tant d’agressivité.
- Madame, ca ne sert à rien de s’énerver, vous voyez bien que c’est un malentendu et…
- Oui, mais j’ai payé mes places Mademoiselle.
- Mais comme tout le monde ici madame. Vous n’êtes pas obligée de les agresser de cette manière pour faire valoir vos droits. Même que d’ordinaire, les choses fonctionnent
bien mieux quand on les engage avec respect et politesse.
Sans laisser à cette mégère le temps de répondre, je regarde ma voisine et lui demande de me rappeler quelle était sa place d’origine.
"Heu…la 34. Mais je vais y aller et laisser la petite s’installer… "
Je lui réponds alors que je voyage seule, contrairement à elle, et qu’entre la 66 et la 34 je me contrefiche bien du numéro de ma place tant que je voyage assise. Je me lève,
elle écarquille les yeux et me remercie d’un grand sourire. Je gagne ma nouvelle place, encore mieux que la précédente car libre de tout voyageur en face…pour le plus grand bonheur de mes
jambes qiu pourront ainsi s’étendre tout leur saoul .
Aux yeux ronds de ma voisine, j’ai bien senti la surprise suscitée par ma réaction. Il faut dire que les gens ont tellement l’habitude de se faire agresser pour un siège de
TGV que ce petit service rendu semblait sans doute providentiel.
Et pourtant, il était tellement normal…
Belle histoire ^^
Ce qui n'est pas sans me rappeler une anecdote de voyage en train que j'ai eu en rentrant d'Allemagne (vers Paris).
Profitant du fait que le wagon etait vide, je me suis assis a l'un des sieges (pres d'une grande baie vitree) et regardait le paysage a longueur de trajet. Apres quelques arrets, je somnolais deja quand de voyageurs sont arrives et faisaient mines d'etre surpris de me voir assis a leur place. (Desole :o)
C'est la qu'au lieu de me demander de me deplacer, ce qui etait tout a fait normal, j'entends la femme dire a son compagnon:
"Oh, il est assis a notre place! J'ose pas lui demander de bouger, il doit pas parler francais."
Les yeux mi-clos, je les ai observes s'assoir ailleurs avec un drole de sourire aux levres ^^;