Mardi 29 avril 2008
Dans la vie des musiciens intervenants, il y a des sujets récurrents et des projets inévitables. Le projet de classe de madame Untel traite de la mer. Celui de monsieur Machin rencontre la nature. Mademoiselle Truc quand à elle, voudrait mettre un texte en musique, sans oublier bien sûr monsieur Bidule pour qui le conte musical est une religion.

Et avec tout ça, je fais quoi? A priori, je pourrais utiliser ce qui caractérise la mer ou la nature, comme les oiseaux, les vagues, le vent, les petites bêtes, amener les enfants à en reproduire les sons et me dépatouiller avec ça. Je pourrais procéder de la même manière pour le texte ou pour le conte, en repérant les mots relatifs au sonore et en restant dans le bruitage de ces mots là.

Mais la musique, dans tout ça, où se trouve-t-elle? Lorsque l'on aborde ce genre de travail, la vraie question à se poser avant de se lancer bille en tête n'est-elle pas d'abord "Qu'est ce que je musicalise?" Des mots, des actions, des descriptions visuelles et auditives? Cette approche me semble un peu réductrice et enfermante. L'intérêt de ce genre d'activité n'est-il pas plutot d'associer la musique aux ressentis provoqués par ces univers?

Prenons l'exemple de la mer. La mer sonore, c'est les vagues, le vent, et les mouettes. Certes. Mais c'est aussi les cris des poissonniers sur la jetée, les discussions au bar de la plage, l'écoulement du sable entre les doigts, les bateaux qui appareillent, les planches qui craquent sur le ponton, la cadence infernale des pelles qui creusent le sable mouillé....quoi d'autre encore? La mer sensible, c'est les vacances, le repos, la tranquillité, mais aussi l'angoisse des marins en partance, la peine de leurs femmes restées à quai, et toute cette eau qui tend vers l'infini.

Musicaliser la mer n'est-il pas plus intéressant si l'on considère tous ces aspects? Ne rentre-t-on pas là dans la musique, à travers le sensible, l'indicible? Un de mes collègues de formation travaille sur ce type de projet. Sur la base d'un petit texte, à la manière des haïku japonais, les élèves créent un accompagnement musical. Une enfant de CM1 a écrit le texte suivant:

Le bruit de la mer
Le bruit délicat de  la mer
Me refait bercer


Vous noterez le "me refait bercer" que je trouve d'une poésie incroyable. Comme si cette petite fille, pourtant encore très jeune, se replongeait dans les sensations qu'elle vivait étant bébé.  Comme si ce bruit délicat de la mer la renvoyait des années en arrière. Un groupe de 6 enfants a travaillé la mise en musique de ce texte. Ils ont ajoutés des sons évoquant le bruit des vagues, du vent, et des oiseaux.  Ce qui en soi pourrait être suffisant, d'autant qu'ils l'ont fait avec beaucoup d'application et dans un souci de musicalité indiscutable. On ne peut effectivement pas penser la mer sans le bruit qui lui est associé et c'est bien évidemment cette première approche qu'ils ont gardée. Une journée à la plage sans le bruit des vagues serait certainement insupportable, comme si il manquait au décor un élément vital!

Mais justement, si le bruit est indissociable du terme, est-il nécéssaire de le mettre en jeu dans la création? Chacun n'entend-il pas la mer rien qu'en lisant le texte? Ainsi, tout l'intérêt de mon travail est de faire émérger (sans jeu de mot!) non pas les sons que tout le monde pourrait entendre, mais ce que la mer représente pour les enfants, en les questionnants sur leur vécu, leur mémoire, leurs images, et d'intégrer ces représentations dans un propos musical. On contourne ainsi le simple bruitage, en mettant en jeu des ressentis et des pensées abstraites. Les enfants se placent alors en situation de musicien et de compositeur, utilisant la musique comme langage et non comme bruit de fond.

La musique est faite pour transcrire et transmettre des émotions. Et je m'étonnerai toujours de l'immensité de l'imaginaire enfantin, pour autant qu'on leur autorise un peu la voie de l'expression.
publié dans : Ecole, éducation, pédagogie communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (6)    ajouter un commentaire
Mercredi 23 avril 2008
Depuis des mois, je rêve. Je vois des couleurs, j'entends des choses, j'imagine des tableaux.
Depuis quelques semaines, ces rêves se concrétisent et viennent se coucher sur du papier à portées.
Depuis quelques jours, mes collègues de formation font sonner les notes écrites à l'encre noire....l'épreuve de création  a commencé. Le compte à rebours, aussi. Le 23 juin, nous présenteront nos oeuvres au public et au jury d'examen dans une salle de concert de Poitiers.

Chacun sa création, chacun son univers, chacun sa musique. Nous endossons à la fois le costume de compositeur, d'arrangeur, de directeur artistique, d'éditeur. Chacun peut faire appel aux instrumentistes de la promotion, ou faire le choix de jouer seul. Dans les deux cas, c'est un vrai défi. Personnel, artistique, musical. La création, c'est quoi?

On ne crée jamais à partir de rien. Rien ne se perd, tout se transforme, comme le veut l'adage! On n'invente jamais tout seul, nous avons tous nos influences, nos référents, mais aussi nos découvertes chaque jour qui passe, qui créent notre personnalité d'artiste au fil du temps.

Je viens de la musique classique, j'aime les musiques traditionnelles, j'écoute du rock, j'improvise seule ou à plusieurs....que sais-je encore? Ma création se nourrit de tout ça.

Je crée avec ce qui m'habite et ce qui m'entoure.

Je veux jouer ce que je suis.
publié dans : Musiques actuelles communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (9)    ajouter un commentaire
Vendredi 11 avril 2008
Ils avaient décidé d'aller au restaurant. C'était la première fois dans leur toute jeune histoire, et c'était donc un événement. Fondue, Gastronomique, Créperie? Ni l'un ni l'autre, ils avaient finalement décidé d'aller manger chinois. Contre toute attente et pour faire un pied de nez aux convenances, c'était elle qui invitait. Et puis quoi, son amoureux méritait bien ça! 

Lui étant incapable de se rappeler le nom du restaurant, il l'avait habilement dénommé "chez Chang", histoire de ne pas oublier ce qu'ils allaient manger en cette soirée mémorable.

20 heures. Le petit couple passe la porte du restaurant, encore désert. Nos deux tourtereaux allaient pouvoir s'installer où bon leur semblait, pour le plus grand plaisir de monsieur que la foule avait toujours un peu rebuté. Certes, le restaurant était encore vide, mais personne ne pouvait dire ce qu'il en serait une demie heure ou une heure plus tard. La petite table de deux, bien cachée tout au fond, conviendrait donc à merveille.  

Mais c'était sans compter sur notre Chang en question qui, trop content de voir arriver deux amoureux en cette soirée déserte, sauta sur le poste pour y insérer un disque digne de la collection Best-of Love 2008. Sans doute pensait-il coller parfaitement à leurs attentes de jeunes amants.

C'est en effet lorsque Céline Dion se mit à hurler son émotion à la proue du Titanic que nos deux amoureux prirent leur premier fou-rire. Cette crise d'hilarité était à peine terminée que déjà Withney Houston, folle de son Bodyguard, leur jurait un amour éternel, ce qui les fit rire de plus belle. Heureusement, l'habitude s'installant, ils réussirent à faire abstraction de Mariah Carey et de ses copines chantant l'amour à tue-tête et à passer un délicieux moment devant une fondue au poisson des plus réussies. 

La fin du repas arrivant, ils se dirent en riant que pour un premier restaurant ils avaient fait très fort, et qu'ils n'étaient pas près de l'oublier. La demoiselle rajouta que vraiment, chez Chang, tout les clichés du dîner en tête à tête étaient réunis, de la musique aux chandeliers en passant par les lumières tamisées et la petite fontaine chinoise qui coulait derrière elle.

"Quelle fontaine? lui demanda son amant..."

"Et bien, celle-ci, dit-elle en se retournant".

Elle n'avait pas sitôt dit cela qu'ils repartaient à nouveau dans un fou-rire incontrôlable. En guise de fontaine ne trônait là qu'un énorme radiateur, qui glougloutait depuis plus d'une heure.

Ils se mirent en route après un dernier verre de vin, non sans avoir accepté poliment les petites pendouilles porte-bonheur offertes par Mr Chang, d'une authenticité traditionnelle des plus douteuses, qui trouvèrent naturellement place sur le rétroviseur, un peu plus tard dans la soirée.

Mais malgré cela, ce soir, ils ont décidé d'y retourner.

D'abord parce que si la fondue au boeuf est aussi fameuse que celle au poisson il serait dommage de passer à côté.

Et aussi parce qu'ils ont décidé de décorer tout l'intérieur de la voiture de ces jolies pendouilles.

Juste pour rire.
publié dans : Une case en moins? communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (7)    ajouter un commentaire
Vendredi 11 avril 2008
Ptitepianiste a posté avant-hier, en commentaire, la question suivante:

"n'est ce pas vrai qu'on est réellement célèbre qu'après sa mort ? même quelqu'un de trés celebre lors de son vivant n'est -il pas encore plus célèbre aprés sa mort ?"

Merci Ptitepianiste pour cette question fortement intéressante, qui m'a fait fortement réfléchir! Je vais essayer avec ce qui suit de te donner mon avis sur le sujet, en précisant que ce que j'écris n'engage que moi. Tout ceci est totalement subjectif et hautement ouvert à la critique, que je vous souhaite agréable et virulente! Alors à vos claviers ;) 

Si l'on prend l'exemple de la peinture, nombre de peintres n'ont en effet connu le succès qu'après leur mort, et même de nombreuses années plus tard. Bien souvent parce que leur art était encore, de leur vivant, inaccessible à la compréhension d'une majeure partie de la société. Beaucoup furent considérés comme des artistes ratés ou inintéressants jusqu'à ce que le courant de pensée ou le principe qu'ils rejoignaient (ou créaient, selon les cas) se développe réellement et fasse ainsi la lumière sur leur oeuvre, qui était alors souvent reconnue comme une expression artistique exceptionnelle et incontournable dans l'histoire de l'art.. Ils avaient malheureusement largement le temps de mourir entre temps.

En musique, si on prend le cas de Mozart, il y a de quoi s'interroger...le pauvre est mort dans l'indifférence la plus totale, enterré dans une fosse commune, très loin des honneurs qu'il aurait mérité. Aujourd'hui, on le considère comme l'un des plus grand génies artistiques de tous les temps. Idem pour Bach, mort dans une misère atroce, et combien d'autres encore?

Mais tous ces personnages ont été reconnus après leur mort pour leur réel talent, c'est un moindre mal. Malheureusement aujourd'hui, la renommée post-mortem relève plutôt du chiffre d'affaire potentiel que du réel talent, du moins dans un grand nombre de cas et principalement lorsque l'on parle d'artistes actuels dont la renommée "de leur vivant" fut relativement éphémère...

Certains hurleront peut être au scandale quand ils liront ce qui va suivre, mais Grégory Lemarchal en est un exemple frappant. Il vend des disques non pas pour son oeuvre musicale mais pour l'impact que sa mort a eu sur l'opinion publique. On en fait un mythe, sa maison de disque parle d'un des meilleurs chanteurs du moment etc, mais au final on se trouve bel et bien dans l'exploitation marketing d'une noble cause. Et dans quelques années, lorsque la fièvre sera retombée, la cause restera (et heureusement!), tandis que son oeuvre en tant qu'artiste aura certainement disparu, ou tout au plus ne laissera-t-elle de trace que dans l'esprit de ceux qui auront connu ses heures de gloire. Désolée si je choque mes lecteurs mais je le pense, quitte à me montrer intolérante aux yeux de certains. 

Mais attention, qu'on ne me prête pas des paroles que je n'ai pas prononcées. Je ne remets absolument pas en cause le combat de sa famille, de l'association qu'ils ont créée, ni quoi que ce soit d'autre en rapport avec sa maladie. Il est de notoriété publique qu'une cause portée par une célébrité a beaucoup plus de chance de remporter la bataille, et je ne le condamne pas, bien au contraire. Ce que je dis, simplement, c'est qu'il ne faut pas tout mélanger. 

Parce qu'à mon sens, la vraie célébrité, la vraie reconnaissance, n'est pas celle qui suit directement la disparition de l'artiste. C'est celle qui dure, génération après génération. C'est celle qui fait qu'aujourd'hui encore, tout le monde connait Georges Brassens, les Beattles et Michel Berger, et que dans des années tout le monde connaîtra encore Claude Nougaro, Serge Gainsbourg ou Léo Ferré. 

Après, moi, c'que j'en dis...
publié dans : Réflexions personnelles communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (6)    ajouter un commentaire
Jeudi 3 avril 2008
Aujourd'hui, pour n'importe quel cerveau normal, une forêt est mille fois moins attrayante qu'Eurodisney ou que nimporte quel centre de loisirs avec ses problèmes de stationnement. Pour un cerveau dit normal, les chaises, aujourd'hui, sont plus alléchantes que les troncs d'arbres couchés. Et les gobelets en plastique attirent et séduisent plus que la rivière.

Et les lampes qui changent de couleur, pour créer des ambiances agréables, sont extraordinairement plus désirables qu'une étoile. Et les couleurs et les textures des carrelages dernier cri nous ennivrent comme jamais ne pourront y arriver la neige ou le sable du désert.

Et les panneaux lumineux nous conduisent la où nous voulons; bref, ils déterrent de nos coeurs l'idée d'être égarés. Et nous sommes émus face aux acteurs qui représentent des fictions, pour ne pas pénétrer nous-même dans des mondes inexplorés. Voilà pourquoi l'éclairage est soigné, pensé pour ne pas souligner les ombres dans les lieux publics.

J'ai claqué des doigts et personne ne s'est retourné. Alors je me suis dit que les oreilles ne pouvaient plus entendre ce genre de bruits: des claquements de doigts et de langue, des soupirs profonds, quelqu'un qui se gratte la tête et les mots ça suffit murmurés.

Rodrigo GARCIA

Et jetez mes cendres sur Mickey (éd. Les Solitaires Intempestifs, juin 2007)
publié dans : Réflexions actuelles communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (8)    ajouter un commentaire
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus