Mercredi 31 janvier 2007




Parfois, sans crier gare, la vie vous sourit.


Comme ca, sans prévenir, l'espace d'un instant.

Une parole longtemps espérée arrive enfin et, même si avec le temps les choses ont changé, cette parole vous redonne l'energie.

Ce soir je m'endors sereine, et je souris.

L'inattendu....









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Mercredi 31 janvier 2007

Ces derniers jours, on parle beaucoup de l'IVG. Fin octobre 2006, le Parlement portugais a approuvé à une large majorité l'organisation d'un référendum sur la dépénalisation de l'avortement dans les 10 premières semaines de la grossesse. Les communistes auraient préféré que le Parlement décide de la loi et ont voté contre le référendum. Or, le président Cavaco Silva a fixé la date de la votation populaire au 11 février prochain. Le Portugal est l'un des rares pays européens qui ont encore une loi restrictive sur l'avortement. Selon un sondage récent, une faible majorité de la population serait favorable à la nouvelle législation.

Hier, en consultant le blog de Cab', j'ai lu l'article qu'il avait publié sur la question. Cela faisait quelques temps déjà que je comptais écrire sur le sujet, et le texte de Cab' m'a décidée à le faire.

Je suis passée par la, il y a quelques années maintenant. Je n'en ai pas honte. Je n'en ai PLUS honte. Parce que j'ai évidemment ressenti ce sentiment terrible, celui qui suit l'intervention, où l'on oublie tout ce qui nous avait convaincu avant et qu'on se dit "Mais qu'est ce que j'ai fait?".

Et puis on réflechit, et on comprend qu'on a fait le bon choix, et qu'offrir la vie à ce bébé aurait été le pire des présents. Je sais que mon article choquera les partisans du mouvement anti-IVG et confortera ceux qui y sont favorables. Je tiens donc à préciser que je ne fais aucune propagande, je ne cherche à convaincre personne. Je ne vous livre que mon expérience, et la manière dont je l'ai vécue. Parce que quand on est pas passé par là, malgré tous les discours du monde on ne sait pas. On ne PEUT pas savoir. Voici mon histoire, que je débuterai un peu avant les faits pour que vous puissiez comprendre comment j'en suis arrivée là.

Juin 2001. Mon bac dans la poche. A la maison, c'est la cata. Le conflit avec mes parents monte, monte, sans pouvoir s'arrêter. De vieilles histoires, d'autres plus récentes. Tout ça nous éloigne depuis déjà longtemps, et je ne songe qu'à m'enfuir. Partir, pour ne plus vivre (et leur faire vivre, car c'est en grande partie ma faute) tout ca. Je décide de partir en Auvergne, rejoindre mon père, qu'à l'époque j'idolatrais un peu trop, persuadée que je pourrais reconstruire avec lui tout ce que nous n'avions jamais eu le temps de bâtir.  Je m'engage, sans grande conviction, dans une année d'anglais à la fac de Clermont Ferrand.

Octobre 2001. La rentrée universitaire est là. Je suis installée dans une chambre étudiante de 9 m², dans laquelle j'étouffe déjà, et je n'ai vu mon père qu'une seule fois. Mon grand frère, ayant eu quelques années plus tôt la même démarche que moi, m'avait pourtant prévenue. Croire que j'allais voir mon père était une douce illusion qui ne prendrait jamais forme. Il avait raison, mais je n'avais pas voulu l'entendre. A cet âge, tout le monde le sait, on est jeunes et cons.

Novembre 2001: Je me sens de plus en plus à l'étroit dans cette minuscule pièce qui me sert de logement. Les bruits incessants de la maison me manquent. Les frangins qui courent partout et se chamaillent (trois petits mecs, ca fait du bruit...), les copains là-haut à Paris...mes parents, quoi que j'en dise. Mais je suis une fille fière,  à cette époque je me crois forte et je n'ai besoin de personne. Idiote que je suis. Je ne me rends même pas compte que je n'ai déjà plus envie de me lever le matin et que je reste chez moi pour ne pas avoir à répondre à la question "Comment ca va?". Je décroche encore le télephone, mais c'est un gros effort.  Je m'isole, la dépression me guette.

Décembre 2001: La déprime est déjà bien installée. J'ai définitivement arreté la fac, je dors quand je suis fatiguée, je me lève quand j'en ai assez de rester couchée. Je ne vois personne, hormis quelques copains de fac avec qui je joue au billard des jours entiers au café du coin. Café du coin ou je rencontre un garçon dont je tombe amoureuse. Relation qui me permet de me voiler la face un peu plus, mais qui ne ralenti pas ma chute pour autant. Je tombe, dans un gouffre immense. Je suis seule et je ne veux pas le voir. Je le sais malgré ça mais je ne veux surtout pas appeler à l'aide. J'aurais eu l'air de quoi, devant ma mère? Après avoir voulu jouer l'adulte pendant des années, je ne pouvais pas revenir la tête basse en disant que je m'étais trompée. A cet âge on est jeune et con, mais je l'ai déjà dit.

Janvier 2002: Cela fait déjà quelques temps que je ne répond plus au téléphone, et que j'écoute mon répondeur en tremblant craignant un message me disant "Julie, on sait que tu fais n'importe quoi, rentre à la maison". Je rappelle de temps en temps, histoire de faire bonne figure. Je raconte que j'ai réussi mes premiers examens, que je vais super bien, mais ca sonne faux, évidemment. Ma mère reste ma mère, et comme toutes les mamans il y a des choses qu'elle sent. Elle saura une grande partie de mon histoire bien avant que je n'en parle à quiconque. C'est ca les Mamans, elles savent toujours tout, tout le temps. Mais je persiste et je m'enfonce dans le mensonge, art que je maîtrise alors depis déjà quelques années.

Février 2002: Début du drame. Oubli de pillule, un soir. "Petit copain", pour ne pas le nommer, n'en sait rien. Pas la peine de l'effrayer, je la reprend correctement le lendemain. Les jours passent. Et passent encore. Toujours rien. Pas de règles. Allez Julie, encore quelques jours, elles vont bien arriver.

Mars 2002: Mes règles n'arrivent évidemment pas. Je ne peux plus me le cacher. J'ai un problème. Invisible pour le moment, mais ca changera vite, plus vite que je ne le crois. Je quitte mon copain, pour diverses raisons. Et je me retrouve seule avec mon ventre qui, fin mars, commence déjà à se transformer. Seule face à cet évenement auquel je ne peux pas croire. Ca ne peut pas arriver maintenant. Et pourtant ca arrive, je le sens très bien. Les nausées le matin, cette impression de mouvement dans mes entrailles. Petite, ma mère me lisait une BD pour préparer l'arrivée de mon petit frère. Sur une des pages, la maman disait à ses enfants: "Quand une femme est enceinte, elle le sait, elle le sent dans son corps". Je n'avais pas pensé que cela pouvait être aussi vrai. Mes entrailles bougeaient, ce petit bout de vie se construisait, sans que je puisse l'arrêter.
Ma dépression se poursuit, je suis complètement perdue. Je ne peux pas en parler. j'ai tellement honte de moi, de ce que je suis devenue, de ce qui se développe la, dans mon ventre. J'ai honte et, comme l'autruche, j'enfouis ma tête dans le sable et prie pour que tout cela ne soit qu'un vilain cauchemar.

Avril 2002: Le cauchemar se poursuit.  Je ne trouve ni la force, ni le courage, de parler de tout cela. Je continue à vivre ma vie d'étudiante dépressive...je fume du cannabis, je fais des petites soirées arrosées. Dans des proprotions un peu plus larges que d'habitude. Avec le recul, je sais pourquoi. J'esperais qu'un jour je me réveillerais et que le bébé ne serait plus là. Mais il s'accroche le petit bout. Il tient bon, et quand enfin j ai un sursaut de conscience il est trop tard. Les délais pour l'IVG mdicamenteuse (avortement médicalisé par ingestion d'une pillule abortive, décrochant le foetus ) sont dépassés de plus de 15 jours. Je n'ai pas les moyens de subir en cachette de tout le monde une intervention en hopital. Je ne peux plus faire marche arrière. Plutot mourir que de demander de l'aide. J'arrive à me convaincre que je veux ce bébé. De toute facon je n'ai plus d'autre choix que de le garder. Et mon ventre grossit, encore et encore.

Juin 2002: Le moment tant redouté arrive. Je dois remonter chez mes parents pour les vacances. Ma poitrine a littérallement explosé, et j'ai beau rentrer mon ventre au maximum je sais que je ne peux plus le cacher. Finalement ma mère prend les choses en main et me met au pied du mur. Je n'ai plus le choix, pour la premiere fois je dois dire à haute voix ce que je refusais déjà d'accepter tout bas. "Je suis enceinte".

A partir de ce moment là, tout est allé très vite. j'ai certainement rarement autant pleuré de toute mon existence. Je me sentais comme un monstre. Un monstre qui avait laissé dégénerer une situation qui aurait pu se régler rapidement, si seulement j'avais osé crier. Ma mère en a discuté avec moi, longuement. "Est tu sure de vouloir ce bébé"."Bien sur que non, mais je n'ai pas le choix". Ma mère a remué ciel et terre pour savoir ce qu'il était encore possible d'envisager. Avec sa gynécologue, elles ont découvert que tous les délais européens étaient passés. Tous sauf un. L'Espagne. J-15.

Juillet 2002: quelques jours plus tard, ma mère et moi étions dans le train, direction Barcelone. l'hospitalisation devait durer trois jours. Le soir de mon arrivée, l'infirmière me donna un comprimé, censé déclencher les contractions pour préparer l'accouchement. Parce que j'ai accouché, réellement. Sous anesthésie, mais j'ai accouché comme toutes les femmes le font. a ce stade il n'y avait plus d'autres solutions.
Ce soir là, j'ai eu mal comme jamais encore auparavant. On m'arrachait l'intérieur, tout cela se tordait dedans. Et comme pour me rappeler ce que j'allais faire, cette petite chose que j'allais tuer le lendemain s'est mise à bouger. Je me souviendrai toute ma vie de cette sensation. Il y avait de la vie en moi, et cette vie n'existerait plus moins de 10 heures plus tard.

L'intervention terminée, je suis rentrée chez moi. J'ai mis du temps à accepter tout ca. Mais j'ai eu la chance d'avoir des parents et des amis exceptionnels qui m'ont soutenue, aidée, comprise, sans me juger. Le temps a passé, et le temps cicatrise toutes les blessures. Celle la est plus profonde que les autres, mais laisser vivre cet enfant aurait été criminel. Sans revenu, sans situation, quelle vie aurais-je pu lui offrir?

Aujourd'hui je parle de tout cela avec distance, meme si il ne se passe pas un jour sans que je pense à ce mois de juillet 2002. Et chaque été, je ne peux m'empecher de me dire que mon petit bout soufflerait ses bougies.  Ma plus grande peur est pour l'avenir. L'intervention était lourde, et le médecin m a prévenue qu'elle pourrait avoir endommagé mon utérus. Je ne le saurai qu'une fois le moment venu d'être maman, pour de vrai cette fois. Si il s'averait que cela ne soit pas possible, je m'en voudrai eternellement. Etre maman est ce que je souhaite le plus au monde à l'heure actuelle. Je n'aurai réellement réussi ma vie que lorsque j'aurai des enfants. Et pas qu'un. Mais quoiqu'il advienne, malgré les risques présents, je sais que j'ai fait le bon choix.

Maman, Tom, je ne vous l'ai pas assez dit, mais sans vous je n'aurais jamais pu me sortir de ce mauvais pas...et qui sait ou je serais aujourd'hui? Je ne préfère pas me le demander. Je suis une faiseuse d'ange, mais tout cela est derrière maintenant. Le jour où je serai maman à mon tour, j'aurai réparé mon erreur, et j'attend ce jour comme un enfant attend Noel.

Mais pas maintenant. Et pas n'importe comment.
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Mercredi 31 janvier 2007










LE VIDE












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Mercredi 31 janvier 2007

"C'est un combat qu'il faut mener avec détermination et conviction. Car nulle justice n'est infaillible et chaque exécution peut tuer un innocent. Car rien ne peut légitimer l'exécution de mineurs ou de personnes souffrant de déficience mentale. Car jamais la mort ne peut constituer un acte de justice."
(Jacques Chirac, le 21 juin 2001 dans une lettre à l'association "Ensemble contre la peine de mort")

Christian Ranucci, meurtrier présumé dans l'affaire du Pullover Rouge, fut guillotiné le 28 juillet 1976. Il sera le dernier détenu Français à monter sur l'échafaud. En 1972, après l'éxécution de Claude buffet et Roger Bontems, Badinter se lance dans une croisade contre la peine capitale. Son réquisitoire lors du procès de Patrick Henry en 1977 relance le débat. Faut-il maintenir la peine capitale en France?
En Mars 1981, la campagne électorale bat son plein. François Mitterand déclare être contre la peine de mort. Il sera élu au mois de mai.
Le 25 mai, François Mitterrand gracie Philippe Maurice, qui sera le dernier condamné à mort gracié. Badinter s'engouffre dans la brêche et rédige un projet de loi visant l'abolition de la peine de mort. Enfin, le 26 août, le Conseil des ministres approuve le projet de loi, qui sera défendu le 17 septembre à l'Assemblée par Badinter lui même au cours d'un célèbre discours qui marquera les mémoires.

Badinter fait mouche. La loi sera votée à l'Assemblée le lendemain, par 369 voix contre 116, et le 30 septembre au Sénat par 161 voix contre 126.

Depuis hier, mardi 3O janvier 2007, l'interdiction de la peine de mort en France est constitutionnalisée. Ce projet de loi constitutionnelle visait à rendre irreversible la décision d'abolition de la peine capitale en France, adoptée en 1981 sous François Mitterand. Seuls 20 députés de droite ont voté contre, la révision constitutionnelle a donc été adoptée à une très large majorité. Le texte devrait maintenant être approuvé par le Sénat, puis adopté par le Congrès du Parlement, qui se réunira à Versailles le 19 ou le 26 février.

EN VOILA UNE NOUVELLE QU ELLE EST BONNE. Désormais en France, la peine capitale n'est plus qu'un mauvais souvenir.


A lire:

La peine de mort en France: le chemin vers l'abolition. Article Wikipédia.

Discours de Robert Badinter à l'Assemblée nationale, le 17 septembre 1981
. Discussion du projet de loi portant abolition de la peine de mort - Texte intégral -

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Lundi 29 janvier 2007

Le 28 septembre 1859, les vieilles rancœurs débouchent sur une dramatique altercation. L'arme du crime : un tranchoir.
 
Lorsque l'accusé pénètre dans le prétoire le 26 novembre 1859, la flopée de
curieux présente dans la salle d'audience du tribunal de Poitiers est déconcertée. Impatiente de croiser le regard de ce boucher, dont les mains déjà rougies par le sang des animaux portent maintenant celui d'un homme, la foule n'entrevoit à sa grande déception, qu'un minot « à peine formé », tout juste âgé de 16 ans. Devant lui, sur la table des pièces à conviction, est posé le tablier encore teinté du sang de la victime. A côté, en évidence, se trouve le dépeçoir, outil de travail devenu une arme meurtrière entre les mains du prévenu. Aux questions qui lui sont adressées, celui-ci déclare se nommer Delphin Adolphe Roy, être né à Naintré et exercer la profession de garçon-boucher. Ainsi débute son procès.
Depuis plusieurs mois, la corporation des bouchers de Châtellerault est déchirée par des rivalités internes. L'abattoir communal, rendez-vous obligé des étaliers, est quotidiennement le théâtre d'injures et de provocations. De tous ces heurts, la haine que se vouent Léon Bachelier, plus grand boutiquier de la ville, et Davignon « le borgne » dont les affaires sont beaucoup moins florissantes, est sans aucun doute la plus virulente. La moindre étincelle suffirait à donner à cette animosité une issue tragique. Ce sont finalement les paroles d'une chanson sifflotée le 28 septembre 1859 par Léon Bachelier et son apprenti, Louis Ferrand, qui attisent les rancœurs et les jalousies trop longtemps contenues. « Travaille donc volontaire pour nourrir tes petits poupons », ces mots dirigés à l'encontre de la fille Davignon, mère d'un enfant illégitime, suffisent à déclencher la colère de l'artisan rival et de son employé, Delphin Roy.
Excités par leurs patrons respectifs, les deux garçons-bouchers se jettent l'un sur l'autre. La lutte est inégale. Roy, de plus faible constitution, est très vite terrassé par son adversaire. Dans un moment de confusion, il parvient à se saisir du tranchoir accroché à sa ceinture. Il frappe de toutes ses forces, au hasard. Le bruit de la lame transperçant la chair, le sang dégoulinant et l'écho d'un cri sourd résonnant dans tout le bâtiment arrêtent brusquement les hostilités. Tous restent figés, le silence s'installe, les secondes s'égrainent. Ferrand, plié en deux la main sur le ventre, s'effondre sur le sol. Bachelier se précipite près du corps de son jeune commis.
 
Six mois de prison

 
Aux appels à l'aide, le meurtrier ne bouge pas. Il reste là, impassible, à contempler l'agonie du malheureux. Ferrand sera la victime de cette querelle de métier.
Les débats de son procès terminés, Roy sait pertinemment que la
non-préméditation de son crime plaidée par son avocat est sa seule chance d'éviter une lourde peine. Malgré quelques témoignages à charge accablants, les jurés concluent qu'il n'a fait que répondre aux provocations de son adversaire. C'est avec un léger soulagement, qu'il prend alors connaissance du verdict : six mois d'emprisonnement.

Archives départementales 2U 1643 (dossier 2558).


Vincent Olivier.


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