Le Darfour est une province de 5 à 6 millions d'habitants nichée entre le Tchad et le Soudan (voir image). Plus exactement, on voit sur l'image que c'est un ancien sultanat, incorporé au Soudan en 1917. Depuis 2003, la région est mise à feu et à sang par les brigades islamistes soudanaises, les djandjaouids. Retour sur un génocide que les autorités internationales n'ont toujours pas enrayé.
Le Soudan est un pays à dominante musulmane, qui sort à peine de vingt ans de conflits entre les rebelles du sud-Darfour et le gouvernement. 2 millions de personnes y ont trouvé la mort, et les brigades extrémistes sèment la terreur. Le Darfour, quand à lui, se revendique d'un islam modéré, voire laïque. Ses terres, riches en pétrole, ont attiré les convoitises du Soudan qui, bien qu'étant lui même un abondant producteur de l'or noir, a vu dans cette région une porte vers le développement. Mais ce conflit est bien moins une histoire d'économie que de religion et même, de rascisme. En 2003, le gouvernement ordonnait l'attaque du Darfour en représailles aux rebellions du Sud.
Pour les musulmans arabes soudanais, la plus grande faute des habitants du Darfour n'est autre que d'être noirs. Et les noirs ne peuvent prétendre à l'Islam, car ils sont des êtres impurs. Les milices extrémistes ont donc engagé, depuis 2003, l'élimination des musulmans noirs de la région. De la même manière qu'Hitler n'avait pas d'interêt économique à éliminer les juifs, le Soudan n'a pas d'interêt économique à éliminer les musulmans noirs. Mais la haine raciale provoque depuis quatre ans un génocide dont nous n'entendons que trop peu parler.
Ce n'est pas une guerre civile, comme on le dit souvent. Ce n'est pas une guerre de religion non plus. C'est une guerre CONTRE les civils, uniquement. Une guerre contre les civils, parce que les deux camps ne se battent pas à armes égales. Les soudanais sont armés et financés par le gouvernement, tandis que le peuple du Darfour subit, mains vides et pieds nus. On ne mène pas une guerre face à un peuple aux mains nues, on le persécute. Pire, le conflit du Darfour est une guerre sans images. Pénétrer la région est quasimment impossible sans l'aide des résistants, et s'accorder leur confiance est une mission très délicate, pour les raisons que l'on peut imaginer. très peu de documents ont été rapportés, les rares archives disponibles ayant été fournies non par des journalistes mais par des personnalités Occidentales engagées dans la lutte pour sauver le pays. Georges Clooney, Brad Pitt ou, en France, Bernard Henri Lévy.
Mais une guerre sans image, c'est une guerre ignorée. A l'heure actuelle, nous ne savons même pas à combien s'élève exactement le nombre de victimes. 200 000, 300 000, 400 000, plus? Impossible de le déterminer. Des morts sans nombre. Sans nombre, et donc sans noms ni sépultures. Pas de deuil, pas de souvenirs, puisque ces morts n'existent que sur leurs terres. Là où les Djandjaouids passent, il n'y a pas de survivants. Les maisons sont pillées et brulées, les femmes violées jusqu'à la mort, les hommes assassinés, les bébés jetés dans les brasiers. Les Djandjaouids ne veulent pas imposer un Islam radical, ils ne veulent qu'exterminer un peuple, jusqu'au dernier. Ils opèrent le plus souvent à cheval et à la machette mais, si leur route croise un des rares batiments en dur de la région, ils reviennent trois jours plus tard avec des auto-mitrailleuses pour terminer leur oeuvre. Et les Noirs meurent, encore et toujours, entassés comme des bêtes dans des charniers qui se comptent par centaines.
En 4 ans, plus de 4 millions des habitants du Darfour ont été déplacés. En 4 ans, l'ONU n'a pris aucune résolution pour venir à bout de cette tragédie qui se déroule sous nos yeux et dont personne n'entend parler. Pas de secours d'urgence, pas de couloirs humanitaires. Le Darfour saigne, seul, abandonné des Grands. La question la plus évidente est "Pourquoi?".
La Chine. L'ONU est coincée par le véto permanent de la Chine. La Chine qui est un des plus gros clients pétroliers du Soudan. Condamner le Soudan et engager la lutte signifierait perdre le marché et, pour cet immense pays en plein boom économique, il n'en est pas question. Entre l'or noir et la vie de millions d'hommes, de femmes, et d'enfants, la Chine a tranché. Et tant pis si les gens meurent par milliers.
Lundi soir, le collectif Urgence Darfour organisait une manifestation à la Mutualité, pour alerter les présidentiables sur la situation catastrophique du pays. Ségolène Royal et François Bayrou étaient présents malgré leur soirée de meeting, mais Nicolas Sarkozy (en meeting lui aussi) ne s'est pas déplacé. Jacques Chirac a fait lire par Bernard Henri Lévy une lettre écrite pour l'occasion, dans laquelle il s'engageait, même après la fin de son mandat, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour mettre un terme à cette immonde boucherie. A noter que les différentes associations française en lutte pour sauver le Darfour appellent au boycott des JO de Pékin en 2008, afin de faire réagir la Chine sur son véto inacceptable.
Je n'ai pas encore entendu les candidats s'exprimer sur le sujet, mais il est évident que, quelqu'il soit, le nouveau président ne pourra ignorer plus longtemps le drame qui se déroule la bas. Notre pays ne peut décemment pas permettre une telle horreur.
Il faut agir, avant que le Darfour ne deviennent une terre déserte où seules resteront les macabres traces des brasiers et de la barbarie d'un Soudan qui ne voit, dans l'homme Noir, qu'un être indigne de prier Allah.
