Samedi 2 juin 2007

The-big-donor-show.jpg

Toute cette semaine, sur les blogs, j'ai lu des articles scandalisés au sujet de l'émission de télé réalité "The Big Donnor Show", diffusée hier soir aux Pays Bas. Le concpept de l'émission était le suivant.

Lisa, 37 ans, malade d’un cancer en phase terminale, devait choisir parmi trois candidats à la transplantation rénale celui qui recevra ses reins pour une greffe qui lui sauverait la vie. Horreur, ont dit certains, moi la première même si je n'en avais pas parlé ici. Mais ce matin, en regardant les informations, j'ai appris le pourquoi de cette émission. Et de l'horreur je suis passée à l'étonnement.

Au moment fatidique de l'émission, lorsque Lisa devait désigner l'"heureux élu", se produit un coup de théâtre que personne n'attendait. Le présentateur reprit la parole et annonca qu'il n'y aurait pas de don ce soir. Pas de don parce que l'émission était bidon. Parce que Lisa était une actrice, de 37 ans certes mais en très bonne santé, impliquée dans le combat pour le don d'organe. Les trois malades eux, étaient bien malades, mais l'émission a été réalisée en accord avec eux, afin de dénoncer la situation extrême du pays, qui manque cruellement de donneurs. Une manière plutôt culotée de dire "regardez ce que nous sommes obligés de faire pour vous faire réagir, c'est lamentable!".

Cette émission a été initiée par la chaîne Hollandaise BNN, sans rien laisser flitrer pour ne pas briser l'impact du programme, en hommage à son ancien directeur, mort après avoir attendu un rein pendant 7 ans. A situation extrême, solution extrême. Le pari des producteurs est réussi et la population a peut être enfin saisi le message: suite à l'annonce du présentateur, 12 000 personnes aux Pays Bas ont demandé une carte de donneur dans la soirée.

De "scandalisée" par de tels principes, je passe à "impressionnée" par un tel culot. Dès l'annonce de la diffusion de ce programme, les hollandais avaient crié au scandale. Scandale éthique de la maladie reléguée au stade de show télévisé. Cette emission aura sans doute servi d'electrochoc, comme un énorme coup de pied au cul à une société qui criait au loup mais ne demandait pas sa carte de donneur pour autant...

Chapeau BNN, vous nous aurez fait peur mais ca valait sans doute le coup...
publié dans : Réflexions actuelles communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (3)    ajouter un commentaire
Vendredi 1 juin 2007
"Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle"
(Hampaté Bâ, écrivain africain)

Suite à un commentaire posté par Jean François sur l'article [En cours de lecture]Psychanalyse des contes de fées, l'envie me vient ce soir de parler de la transmission orale.
Jean François disait, dans son commentaire: "Au fil des siècles, la transmission orale a été supplantée par l'écriture, puis au fil de l'évolution, par les médias les plus divers.
De ce fait le lien avec la tradition et le passé s'est progressivement altéré."
Du fait de ma formation, je suis souvent amenée à me questionner sur la tradition orale, et notamment sur la place de l'oralité dans l'enseignement et l'apprentissage de la musique. Je vais du coup profiter de cet article pour organiser mes idées ;)

Qu'est ce que la transmission orale? Quel rôle joue-t-elle dans la survivance des traditions? Peut -on réellement dire que la tradition orale a progressivement été supplanté par les moyens de communication modernes ou, au contraire, est-elle présente un peu partout sans que l'on s'en aperçoive?

Si l'oralité est un facteur essentiel de la culture africaine par exemple (comme le souligne si justement la citation en début d'article), ce n'était pas le cas en France jusqu'à une époque récente. Dans la société française, le souvenir acquiert un statut pérenne à partir du moment où il est écrit. L'Histoire notamment s'est en grande partie construite sur une critique de la tradition orale, synonyme de la culture populaire, face à la solidité des documents écrits des savants ou de la religion. La culture française fondée sur l'écrit a ainsi longtemps passé l'oralité sous silence. Aujourd'hui et depuis les années 70, l'oralité constitue un véritable sujet d'étude scientifique car elle représente un vrai matériau de recherche notamment pour l'éthnologie et la linguistique.

La transmission (et ainsi la tradition) orale se définit par l'absence de support intermédiaire entre celui qui transmet un savoir, une information, un savoir -faire etc, et celui qui le reçoit. Ainsi on parlera de transmission orale autant dans le cas d'une grand mère racontant un conte à un enfant que dans le cas d'un enfant qui apprend à parler. Parce que l'apprentissage de la parole n'est effectivement autre que de la transmission orale, sans qu'aucun manuel ou aucun support extérieur ne viennent servir cet apprentissage. Cela dit, et malgré son appellation, la transmission orale n'est pas qu'une affaire de blabla. En effet, dans bien des cas, l'apprentissage se fait dans et par la pratique, de situation en situation. Apprentissage par le faire, le voir faire, qui ne demande pas forcemment d'explication et qui ne passe pas obligatoirement par la parole. Mais il s'agit pourtant de transmission orale. De même, l' absence de support intermédiaire ne veut pas forcemment dire que celui qui transmet et celui qui reçoit sont face à face. Lorsque l'on apprend par coeur, volontairement ou non, une chanson à force de l'entendre plusieurs fois, il s'agit bien de transmission orale. L'oralité dans ce cas disparait dès lors que l'on a recours au livret du disque, par exemple, pour mémoriser les paroles. Prenons le cas, puisque je le pratique souvent, de l'apprentissage d'un chant à une classe. Le fait de leur apprendre les paroles en les faisant répéter, phrase par phrase, relève de la transmission orale, et uniquement d'elle. Et permet ainsi la transmission de la tradition. Lorsque des musiciens jouent ensemble ou échangent du répertoire, même classique, par la simple écoute et l'imitation de celui qui "montre", il s'agit bien de transmission orale puisque la partition n'a pas droit de citer. Incroyable mais vrai, on peut jouer Mozart ou Beethoven sans même savoir lire les notes. C'est ainsi que se trasmet la tradition depuis la nuit des temps.

La transmission orale est en effet le pilier de la tradition. Depuis des siècles, les traditions se transmettent, des anciens aux plus jeunes, dans des cadres aussi divers et variés que les veillées, les réunions de famille, ou la cour de l'école (je traiterai plus loin de la tradition orale enfantine, incroyablement vivace). Dans certains pays comme les pays celtiques tels que l'Irlande, après une période obscure où elle a failli disparaître, la tradition est plus vivace que jamais. Mais chez nous, en France, les traditions non issues de la religion qui subsistent encore ne sont le fait que du revivalisme, sauvetage in-extremis d'une culture en perdition, initié dans les années 70 par des hommes conscients du drame que signifiait la mort des traditions populaires. Mort provoquée notamment par les mesures anti-traditionnalistes prises par l'Etat après la fin de la seconde guerre mondiale. La transmission orale a joué un rôle fondamental dans la préservation des traditions locales. Ces "sauveteurs populaires" sont allés collecter, chez les Anciens, les récits de l'époque, les chants, les contes, les danses, les histoires de village, les modes de vie et de travail et les ont enregistré sur bandes magnétiques. Rien que dans le Poitou, ce travail colossal a permis le collectage de plus de 10 000 heures d'enregistrement sur une dizaine d'années. Transmission orale, encore et toujours. Pas d'écrits, pas de livres, rien que faire, et du voir faire. Mais tout cela n'a évidemment pas suffit. Comme le dit très justement Jean-François, la tradition a bien été supplantée par les techniques modernes de communication. Même si de nombreuses personnes la font revivre aujourd'hui, elle reste menacée de disparition et les jeunes d'aujourd'hui n'ont souvent que faire de ces "âneries", et quelque part c'est bien normal à l'ère de la télévision et de l'adsl. Alors pourquoi ai-je envie d'affirmer que, malgré ça, la transmission orale est partout?

Parce qu'elle est partout, ni plus ni moins, mais qu'on ne s'en rend pas forcemment compte. Et si il y a bien un endroit où elle est présente plus que nulle part ailleurs, c'est à l'école. Pas dans les salles de classe, non, adeptes de l'écrit qui ne souffre aucune critique, mais dans la cour. La tradition orale enfantine est une des formes traditionnelles qui a échappé à tous les naufrages de l'histoire de nos traditions populaires. Les chansons et jeux de mains que pratiquaient nos ancêtres sont encore reprises en choeur par les enfants d'aujourd'hui, à l'identique, ou presque. Trois petits chats, le pou et la puce, pique nique douille c'est toi l'andouille, am-stram-gram, trois petits cochons pendus au plafond, toutes ces chansons que je chantait dans la cour de l'école il y a presque vingt ans, je les entends toutes les semaines dans l'école où je fais mes séances d'interventions musicales. A l'identique. A tel point que je me suis amusée à en faire un collectage sonore, pour garder une trace de ce prodige. Comment est-ce donc possible? Petite, je croyais que ces chansons avaient été inventées par les enfants de mon âge, et voilàa que mes élèves les chantent, mot pour mot, note pour note, allant jusu'à reproduire les mêmes combinaisons de gestes. Et pourtant ce n'est pas la maîtresse qui leur apprend tout cela. Un chercheur s'est même interessé plus spécialement au jeu de mains des trois petits chats. "Trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats-chats-chats, chapeau de paille...etc. ". Tenez vous bien, il a trouvé cette comptine dans plus de 150 pays, et traduite en autant de langues. Elle a traversé les océans, les montagnes, avec la seule transmission orale des enfants. Ses premières traces remontent à plus de 400 ans. Sous une forme encore une fois identique. Une anecdote qui mérite d'être soulevée, à mon sens, et qui porte sérieusement la réflexion sur la soit disant mort de la tradition orale. Nous avons ici une magnifique preuve du contraire. On retrouvera cette même transmission orale dans le simple fait de dire à quelqu'un "mais comment tu fais ça? montre moi." Quasi-quotidiennement donc. Les moyens de communication ont beau être ultra-développés (et je suis bien la première à aimer m'en servir!), ils ne remplaceront jamais le faire, et le voir-faire. Comment mieux apprendre à tricoter ou à percer un trou à la perceuse qu'en regardant faire celui qui sait déjà? Toutes les meilleures explications des manuels ne pourront mieux remplir ce rôle d'apprentissage que celui qui montre comment faire. Et nous nous montrons, mutuellement, des milliers de choses chaque jour qui passe.

J'en viens maintenant à ce qui me concerne plus directement: la transmission orale dans mon métier de musicien intervenant, et dans ma formation. En cours, hormis lors des séances de psychologie de l'enfant, tout est basé sur l'oralité. Dans les salles, pas de tables, seulement des chaises et des instruments. Même les cours de conduite de séances, de préparation de projet, et toutes autres matières théoriques ne se font que par l'oral. On écoute, on retient. On en reparle plusieurs fois, plus tard dans la semaine, dans le mois, dans l'année, et les informations s'assimilent comme ça. Exactement comme se transmettent les histoires de génération en génération: par la répétition, l'appropriation personnelle. Est ce la méthode d'enseignement la plus efficace? Je ne sais pas, mais elle fonctionne très bien. Les seuls écrits qui circulent sont les reflexions personnelles du type de celle que vous lisez, demandées par els formateurs sur des sujets donnés. Il en va de même en séances d'intervention. Je ne viens pas apprendre la théorie de la musique aux enfants en écrivant les rudiments du solfège sur un tableau. Je viens leur transmettre oralement une partie de mon bagage de musicienne, à travers des écoutes dont on discute ensemble, à travers le jeu instrumental, le chant. Je fais, ils imitent et répètent, se corrigent par comparaison visuelle ou auditive, mais n'écrivent jamais rien. Et pourtant, semaine après semaine, mois après mois, ils retiennent tout et n'oublient rien. Les termes purement musicaux, les paroles de la chanson, les modes de jeux utilisables sur tel ou tel instrument, tout est dans la tête et y reste bien.

Nous avons donc établi que la transmission orale, fondement de toute tradition, connait des jours difficiles depuis la modernisation considérable des moyens de communication. Sans l'intervention desespérée de quelques zorros de la culture populaire, les traditions françaises auraient sans doute disparu avec leurs derniers détenteurs. Mais nous avons également pu nous rendre compte que, malgré tout, elle reste fortement présente sans être forcemment évidente. Les traditions, sous quelque forme qu'elles soient, se préservent et s'adaptent à leur temps en restant ancrées dans un rapport d'oralité très important. Ce qui 'amène à une nouvelle question: à partir de quel moment peut on dire que l'on trahit la tradition? Modifier la tradition, est ce la dénaturer?

Peut être un début de réponse, sans doute, dans un prochain article...
publié dans : Réflexions personnelles communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (4)    ajouter un commentaire
Vendredi 1 juin 2007
Conte merveilleux et traditionnel du Poitou, Le Pigeon Blanc est sans aucun doute l'un de mes contes préférés. Je vous le propose aujourd'hui en deux versions: une version enregistrée par moi même dans la soirée (voix/accordéon) , que vous pouvez écouter en cliquant sur le lecteur, et la version écrite (texte original) ci dessous. Si vous avez 7 minutes 30 à perdre, je vous conseille la version enregistrée, c'est beaucoup plus interessant. Un conte quoi...ca se raconte, ce ne se lit pas ;). Indulgence svp au sujet de l'espèce de grésillement de fond, presque indistinct mais quand même, j'ai enregistré avec mon micro casque sur audacity. Pas la top qualité du matériel que je peux avoir au CFMI donc. Bon voyage aux pays des légendes poitevines ;)




C'étaient deux petits enfants, un petit et une petite, qui avaient perdu leur mère, et leur père s'était remarié et la femme était très méchante pour eux. Elle faisait cuire des galettes. Et puis, elle les a envotés dans la forêt faire des fagots en disant que le premier rendu avec son fagot aurait la plus grosse des deux. Et puis, la petite avançait plus vite que son frère à faire son fagot. ; il l'a attachée au pied d'un arbre, de crainte qu'elle n'ait fini avant lui et qu'elle n'ait la galette. Et lui, quand il a eu fini e le sien, a détaché sa petite soeur tout de même, et s'en est allé.
Sitot qu'il a été rendu, la tante lui a commandé de regarder dans la mée, que sa galette y était; et elle a fait tomber le couvercle sur la tête du petit et l'a tué; et puis, elle l'a mis dans le pot.
Après, la petite soeur est arrivée. Et la tante grossière lui a dit de porter la sauce à son père pour le midi; et la petite, sans déjeuner, y est partie.
Dans son chemin, elle a rencontré la Sainte Vierge.Celle là lui a dit:
- Où vas-tu ma petite?
Elle a dit qu'elle portait le midi à son père.
Et la Vierge lui a dit:
- Tu ramasseras tous les petits os que ton père jettera et tu les mettras au pied de l'aubépin et tu diras "Fleuris, petit frère, fleuris!"

De ces os il est venu un pigeon. Un pigeon blanc. Il s'est envolé sur la maison du roi et là, il a dit une chansonnette (à écouter en cliquant sur ce lien):

Ma tante m'a tué,
Mon père m'a mangé,
C'est p'tite soeur Marguerite
Qui m'a ramassé!
M'a planté sous l'aubépin,
Et puis m'a dit:
Fleuris, fleuris, petit frère, fleuris!

Le roi est sorti et a dit "Ah! le joli pigeon! La jolie petite chanson qu'il chante! Répète la donc petit pigeon!".
- Je vous la répeterai, si vous me donnez une bourse de cent écus!
Ils la lui ont donnée et il a répété sa chanson:

Ma tante m'a tué,
Mon père m'a mangé,
C'est p'tite soeur Marguerite
Qui m'a ramassé!
M'a planté sous l'aubépin,
Et puis m'a dit:
Fleuris, fleuris, petit frère, fleuris!

De là; il s'est envolé sur la maison du boulanger, et la il a encore dit:

Ma tante m'a tué,
Mon père m'a mangé,
C'est p'tite soeur Marguerite
Qui m'a ramassé!
M'a planté sous l'aubépin,
Et puis m'a dit:
Fleuris, fleuris, petit frère, fleuris!

Et puis les gens sont sortis et ils ont dit:"Ah! Le joli petit pigeon! La jolie petite chanson qu'il chante! Répètes la-donc!"
- Si vous voulez que je vous la dise, vous me donnerez votre fournée de pain!
Ils la lui ont donné, et il a répété sa chanson.
De la, il s'est envolé sur la maison du meunier et, quand il a été là, il a encore chanté:

Ma tante m'a tué,
Mon père m'a mangé,
C'est p'tite soeur Marguerite
Qui m'a ramassé!
M'a planté sous l'aubépin,
Et puis m'a dit:
Fleuris, fleuris, petit frère, fleuris!

Ils ont dit: "Ah! le joli pogeon! et la belle chanson qu'il chante! Chante encore!"
Il a demandé la roue du moulin, et ils lui ont donné. De là il s'est envolée vers sa maison. Il a dit encore:

Ma tante m'a tué,
Mon père m'a mangé,
C'est p'tite soeur Marguerite
Qui m'a ramassé!
M'a planté sous l'aubépin,
Et puis m'a dit:
Fleuris, fleuris, petit frère, fleuris!

Et la petite oeur est sortie et elle a dit "Ah! le joli pigeon! et la jolie petite chanson qu'il chante! Chante la donc encore, petit pigeon!"
Il l'a chantée, puis il a donné à Marguerite la bourse de cent écus. Le père, voyant ça, est sorti lui aussi, et le petit pigeon a chanté sa chanson et lui a donné, à lui, la fournée de pain.
Après la tante, donc, toute rebelle, est sortie aussi en disant ""Faut bien que j'y aille moi aussi, donc, il me donnera peut être quelque chose!".
Et le pigeon chanta sa chanson. Et alors, quand il a eu terminé, i a jeté sa roue de moulin sur la tête et il l'a tuée.
publié dans : Contes et légendes
commentaires (5)    ajouter un commentaire
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus