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Texte Libre

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Samedi 13 janvier 2007
    Les préférences musicales.

    Un sujet, comme les goûts et les couleurs, qui ne se discute pas. En ce qui me concerne, si je devais établir une liste des mes genres musicaux préférés, la musique irlandaise obtiendrait sans nul doute la première place. De par mes racines, on peut également dire qu’elle est inscrite dans mes gènes... Mon père, musicien de profession et excellent guitariste folk (les autres styles de jeu ne lui faisant pas défaut...), a passé deux années en Irlande, de 1977 à 1979. Encore jeune musicien, il eut la chance de jouer avec ceux que l’on range encore aujourd’hui comme les plus grands,  notamment avec les membres du Bothy Band (un lien plus étroit se noua avec un de leurs membres, Paddy Keanan, avec qui il joua de nombreuses fois en duo), ainsi qu’avec les Planxty, dont la réputation n’est plus à faire parmi les initiés. Un voyage d’une incroyable richesse, qui apporta à son jeu de guitariste une réelle authenticité, cet esprit traditionnel que peu de gens savent reproduire s’ils n’y ont pas été plongés au plus profond. Aujourd’hui, il est membre fondateur d’un groupe de musique traditionnelle irlandaise appelé Foxy Devil, accompagné de Fabien Guiloineux, John Delorme, et François Bobet (actuellement en Irlande,mais bientôt remplacé par un nouvel accordéoniste).

    Il m’initia à cette musique il y a quelques années. Ce fut une révélation. Une musique profondément entraînante, mélodieuse, mais parfois aussi des plus mélancoliques, chantant l’amour, la danse, le bonheur, la tristesse, tout cela émergeant d’une communion exceptionnelle entre musiciens, si exceptionnelle qu’elle en devient palpable.
Après une période d’initiation que je qualifierais d’ « auditive », vint le tour de l’apprentissage « pratique ». La flûte étant très utilisée dans le répertoire traditionnel irlandais, il n’eut aucun mal à me faire découvrir des morceaux simples, pour flûte et guitare, qui me permirent de m’imprégner progressivement de la musique. De petits airs, ornementés comme le veut le genre, qui me procurèrent même à ce stade un plaisir intense de jouer, rien que par leur sonorité. Par la suite, Sonia Fumoux, jeune et talentueuse violoniste, vint compléter cette « mini formation », mêlant ses cordes à nos mélodies. Quelques temps plus tard, je jouai quelques airs avec mon père et ses amis musiciens, rassemblant cette fois ci plusieurs guitares, un flûtiste professionnel, un banjoïste de renom (Jean-Marie REDON, lauréat d’un Emy Award ), Sonia et son violon, mon père jouant tour à tour de la guitare, de l’accordéon, en passant par le violon, le tin wisthle, ou le banjo. Un grand moment de partage, un soir de nouvel an dans une ferme du Périgord, à Sarlat. C’était en 2001. Mon père étant loin, j’eu peu l’occasion de jouer encore après cette date, mais mon cœur était définitivement tourné vers cette musique.

    Ce dossier, rédigé dans le cadre de la classe de culture musicale 1er cycle du C.N.R de Cergy-Pontoise, présente un double intérêt. Tout d’abord, il m’a donné l’opportunité d’étudier en réelle profondeur ce pour quoi je n’avais que de vagues notions d’amateur. Je ne peux affirmer que, de moi-même, j’aurais pris le temps d’effectuer ces recherches mais, au fur et à mesure de son élaboration, ce dossier m’a littéralement passionnée, et m’a donné l’envie d’aller beaucoup plus loin. Dans un second temps, il me permet de faire ce dont j’étais incapable il y a encore quelques mois : transmettre à mes lecteurs tout ce que cette musique, de plus en plus écoutée mais si peu connue et étudiée, renferme au plus profond d’elle-même. Son essence, ses racines, ce long parcours à travers les âges, jalonné de magie, de légendes et de conflits, cette musique qui se veut le reflet d’un pays longtemps et durement torturé, si rythmée, mais quelques fois si douce et triste. Vous verrez ainsi, au cours des différents thèmes qui seront abordés au cours l’étude, que la musique traditionnelle irlandaise, même si elle reste une musique populaire trop souvent qualifiée d’ennuyeuse ou de criarde,  renferme nombre de subtilités.
publié dans : Erinn, ma belle Erinn
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Samedi 13 janvier 2007

    Les traditions folkloriques ont considérablement évolué au cours des siècles derniers. Elles se sont altérées dans le milieu urbain et avec le développement du tourisme, alors que les techniques d'enregistrement et de diffusion ont contribué à les révéler à un large public. De nos jours la musique traditionnelle irlandaise retrouve sa gloire passée. Elle fait danser, elle rassemble les foules. De plus en plus de musiciens la pratiquent, professionnels ou amateurs, car c’est une musique de l’âme, qui va droit au cœur et met tout le corps en branle, par ses sonorités et ses rythmes si particuliers.

    Qui nous l’a transmise, et de quelle manière ? Serait-ce la dénaturer que de l’aborder d’un point de vue analytique ? Bien au contraire, elle n’en devient que plus attrayante, car toute musique peut toucher dès l’instant qu’elle est comprise de ceux qui l’écoutent !
La tradition implique forcément l’Histoire. Celle de l’Irlande doit être évoquée ici pour donner à la musique tout son sens, son véritable rôle au sein de la société irlandaise, de l’Antiquité à nos jours.

    L’aspect oral de la tradition folklorique pourrait laisser croire à un certain manque de structuration. Il n’en est rien. Nous verrons ainsi que la musique irlandaise, lorsqu’on l’analyse, présente une surprenante rigueur formelle.

    A travers différents artistes et groupes mythiques des années 60-70, nous pourrons enfin évaluer les capacités d’adaptation de cette musique qui, un temps oubliée, opère un retour triomphal dans le monde entier.
publié dans : Erinn, ma belle Erinn
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Samedi 13 janvier 2007

    Pour comprendre l’évolution de la musique Irlandaise, il faut remonter au Ier siècle avant Jésus-Christ, à l’époque où les gaëls, guerriers celtes originaires de France et d’Espagne, envahirent l’Ile d’Emeraude, après un passage plus que marqué de l’Asie Mineure à l’Europe occidentale. Ces farouches conquérants apportèrent avec eux une organisation tribale et firent entrer l’Irlande dans l’âge de fer.

    La nouvelle société gaélique ainsi implantée était alors divisée en trois compétences, ou fonctions: sacerdotale, guerrière, et artisanale. Elle légua également aux premiers habitants de l’île un bagage mythologique très dense, sans toute fois savoir que celui-ci, aussi riche soit il, rendrait difficile l’étude de leur civilisation par les Historiens des siècles futurs. Il est en effet compliqué d’établir une chronologie fiable des peuplades celtes et gaéliques, mythologie et réalité ayant fusionné au cours des siècles, principalement en raison de la transmission orale de la tradition. Une chose est toutefois certaine : la musique puise ses sources, à cette époque, essentiellement dans la religion.

    Première des trois catégories, la classe sacerdotale était subdivisée en trois branches, discernant ainsi les druides, les files, et les devins. Ces principales branches faisant elles-mêmes plusieurs distinctions parmi lesquelles les cruitire (les harpeurs[1] de cour), accompagnant les poèmes des files, autrement dit des bardes, apologues et généalogistes de leurs seigneurs (chieftains). Même si les harpeurs se voyaient élevés au rang de nobles, aucun musicien ne pouvait atteindre celui des bardes, placés au sommet de la hiérarchie sociale par les divinités elles-mêmes. Les légendes racontent même que les bardes avaient le pouvoir d’attirer le bon ou le mauvais sort sur leurs chieftains...  .

    La harpe mentionnée ici est différente de la harpe celtique utilisée par les musiciens traditionnels d’aujourd’hui. D’abord par sa taille. En vieil irlandais, cruit signifie « lyre », ce qui laisse supposer la relative petitesse de l’instrument. Différente ensuite par sa forme même, ne possédant pas de colonne fermant l’instrument sur le côté. De plus, la harpe celtique ne fera son apparition que huit siècles plus tard, soit au VIIIe après Jésus-Christ (nous établirons une description détaillée de la harpe celtique dans le chapitre consacré à l’étude des instruments utilisés dans la musique traditionnelle).

    Longtemps, la harpe fut associée à la magie druidique, trouvant une place privilégiée dans la mythologie irlandaise. Citons par exemple le dieu suprême Lug, qui se vit imposer trois épreuves pour entrer dans la capitale Tara, dernière étape de son voyage à travers l’Irlande avant la grande bataille de Moytura : une épreuve de force, une épreuve d’esprit, et une épreuve musicale. C’est cette dernière épreuve qui s’avéra décisive. Sur la harpe du Dagda, le « dieu bon » comme il est souvent  appelé dans les textes, Lug joua au roi de Tara et ses troupes un air du sommeil, les endormant jusqu’au lendemain, un air de sourire, les plongeant ainsi dans la joie et l’allégresse, et enfin un air triste, les inondant de larmes. L’épreuve réussie, il put pénétrer dans la cité de Tara. Une autre histoire issue de la mythologie raconte que le Dagda, venu libérer son harpeur Uthaine des griffes des Fomoires (guerriers barbares), appela sa harpe accrochée au mur et joua aux armées ennemies les trois modes précédemment cités. La joie d’abord, puis la tristesse et enfin la berceuse. Il put s’enfuir avec Uthaine pendant le sommeil de ses adversaires.

    Nous avons vu ici que trois types de jeu existaient en mythologie : le mode de la joie, le mode de la tristesse, et le mode du sommeil. Dans le monde musical irlandais, ces trois modes se traduisent par les termes gaéliques gentrai(ge) (musique joyeuse), glotrai(ge) (lamentations), et suantrai(ge) (berceuse). Au vu de cette mythologie et des différents usages de la harpe, définis précédemment, il est indéniable que, pendant l’Antiquité, la musique (par l’intermédiaire de la harpe, accompagnant tous les messagers de l’Autre Monde), entretient (et représente) un lien direct avec les Dieux.

    Mais quittons dès maintenant le monde fascinant des légendes celtes, des druides et de leur magie, car nous risquerions d’oublier, même pour un temps, le but premier de cette étude, et voyons ce que sera la musique au Moyen Age.



[1] La langue anglaise fait la distinction entre harper (harpeur), musicien de formation orale, donc traditionnelle, et harpist (harpiste), musicien de formation classique. Notre étude étant consacrée aux musiciens traditionnels, nous utiliserons régulièrement le terme « harpeur » dans le texte.

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